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29 juin 2015
Vincent Béja

L’art du mouvement et la psychologie

La pratique du TaiChi peut-elle nous aider à transformer notre rapport aux autres ?

Vivre en paix dans un environnement toujours changeant ne peut dépendre seulement d’un état interne qui serait du seul côté du pratiquant. Ce ne peut être à l’évidence qu’un processus dynamique dépendant de la qualité des transactions effectuées entre le sujet et son environnement. Ce qui nécessite un sujet que l’émotion guide sans l’envahir, susceptible de prendre en compte une part conséquente des éléments à l’œuvre dans les situations concrètes qu’il traverse et de la façon la plus équilibrée possible, capable aussi d’initiatives et d’innovation dans ses comportements. Comme la plupart de nos difficultés sont d’origine relationnelle, il doit donc aussi pouvoir envisager sereinement, c’est à dire avec une forme d’objectivité, le point de vue d’autrui et savoir y faire attention dans ses échanges avec lui.

Ce type d’accomplissement peut-il être obtenu par la pratique du Tai Chi ? N’est-il pas déraisonnable de faire dépendre l’acquisition d’une telle finesse et d’un tel équilibre de la seule pratique plus ou moins régulière d’une discipline martiale ?

La chaîne de l’Himalaya
Himalaya
Nous rencontrons là une discussion qui a cours depuis un certain temps au sein même des traditions spirituelles établies en occident. La spiritualité chrétienne, bouddhiste ou celle que proposent les enseignements yoguiques par exemple, ont toutes eu à se positionner sur ce point. Généralement, chez toutes, un courant réaliste et pragmatiste considère qu’une part importante du chemin qui mène à la paix consiste à dissoudre les distorsions perceptives (les croyances souvent implicites, les habitudes mentales) que notre histoire avec ses traumatismes a durablement installées dans notre rapport au monde. Et que ce travail-là, qui nous amène sur le seuil de la voie dite spirituelle, ne peut souvent se faire qu’à travers une psychothérapie bien menée. C’est ce qui amène nombre d’aspirants à la vie spirituelle ou monastique à entreprendre un travail psychothérapeutique approfondi. Certains directeurs de conscience chrétiens — par exemple — sont ainsi devenus eux-mêmes psychanalystes... Sous cet aspect la sagesse commence par le déploiement et l’exercice d’une forme de santé primaire qu’il nous faut d’abord retrouver si nous l’avions perdue.

Uluru au cœur de l’Australie
Uluru
Il existe parfois cependant dans ces traditions certains courants, plus idéalistes et rigoristes, qui peuvent être d’un autre avis. Certains même prétendent que la pratique spirituelle permet de surmonter toutes les difficultés relationnelles, de redresser toutes les images de soi erronées. A même de tout résoudre, celle-ci permettrait ainsi d’introduire directement à la forme de félicité visée. Mais une telle attitude procède souvent d’un déni de la réalité des problèmes relationnels dont les individus sont porteurs, déni souvent effectué par des leaders à la structure caractérielle rigide et défensive et appelé par les attentes infantiles de leurs membres. Et cela se cristallise dans des organisations sociales autoritaires et à la limite sectaires qui seules peuvent encore contenir et masquer ces problèmes en croyant les résoudre.
Il nous faut bien admettre que le monde des arts martiaux en général — celui du Tai Chi en particulier — n’est pas indemne de ces dérives idéalisantes. Il arrive que des professeurs charismatiques exploitent — souvent de bonne foi car portés par une forme d’inconscience — la crédulité de leurs élèves et leur demande d’être pris en charge. L’exotisme de la culture chinoise, les pouvoirs fabuleux rapportés sur certains maîtres et la fascination qui s’en dégage viennent alors organiser une hiérarchie au sein du club et créer une forme de dépendance parfois très subtile de l’ensemble des membres. C’est d’ailleurs le risque inhérent à toute structure associative pyramidale.
Le dispositif d’enseignement déployé par le Tai Chi demande du pratiquant qu’il soit à même d’aborder positivement la relation à son corps, à ses frères de pratique et à son professeur, contrairement à une pratique psychothérapeutique qui, non seulement n’a pas de tels pré-requis mais, au contraire, s’intéresse substantiellement à leur acquisition. Le Tai Chi ne peut donc se substituer à la thérapie, même s’il existe de nombreux points d’accordage et de complémentarités. Il est même possible qu’un travail sérieux et engagé simultanément dans ces deux domaines soit particulièrement efficace.
Cela ne signifie cependant pas que le Tai Chi soit d’aucun effet transformateur. Mais, face à des difficultés récurrentes, il semble réaliste de s’adresser à un psychothérapeute expérimenté...

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