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Arts chinois du mouvement

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5 février 2015
Vincent Béja

Le calme mental

On allègue que la pratique régulière du Tai Chi procure le calme mental et un certain nombre de corollaires comme la régulation de la tension artérielle, l’amélioration du souffle et de la capacité pulmonaire, un meilleur équilibre, tous fruits d’un exercice fait de mouvements exécutés sans violence et avec lenteur.
De fait la pratique la plus visible du Tai Chi, celle qui est constamment mise en avant dans les médias et les reportages, consiste en l’exécution lente d’un enchaînement de mouvements codifiés. C’est ce que nous appelons la « forme ». Son équivalent dans les arts martiaux japonais porte le nom de « kata ». Dans son ensemble, si elle était exécutée à vitesse normale bien que sans précipitation, la forme ne durerait qu’une poignée de minutes. Exécutée selon les règles du travail propre au Tai Chi, elle peut s’étendre de quinze minutes à plus d’une demi-heure... On comprend bien qu’un tel ralentissement engendre nécessairement quelques effets.
Le bénéfice majeur, comme nous l’avons indiqué, réside dans le calme qu’une telle lenteur suscite. Ce calme n’a évidemment pas de prix dans le mode de vie sur-stressant qui est le nôtre généralement aujourd’hui.
Mais le calme n’est pas le fruit nécessaire de la lenteur. Pour qu’il surgisse effectivement il faut aussi que naisse une forme de présence particulière, faite d’attention au vécu, de finesse perceptive et de douceur dans le mouvement.
On comprend donc que le calme mental ne puisse être atteint dès les premières séances ni même dès les premières années. Il y a bel et bien une dimension méditative dans le Tai Chi, bien qu’elle soit traditionnellement entièrement mise au service d’un projet de réalisation martiale. Le calme mental, s’il prend certes racine dans la pratique du mouvement lent, nécessite aussi de cultiver une disposition interne à la douceur.
Il est en effet extrêmement facile d’exporter un fonctionnement agité dans une pratique censée être apaisante. Il suffit de rester fixé sur ses soucis ou ses inquiétudes, ou bien d’en créer d’autres à partir de la pratique elle-même : vais-je réussir ce coup de pied, cet équilibre, ce virage ? Le professeur va-t-il me voir ? Pour me rassurer à bon compte sur mes capacités je peux aussi remarquer les difficultés ou les imperfections des autres pratiquants ou du professeur lui-même... Ou au contraire me comparer à eux en ma défaveur et continuer dans mon propre lamento... Nos craintes et nos attentes peuvent ainsi trouver dans la pratique du Tai Chi un nouveau champ où déployer leurs scénarios habituels...
Il y a donc une étape qui consiste à apprendre à notre mental à se fixer sur ce que nous faisons et sur la façon de l’accomplir avant que le fruit — à savoir le calme — puisse advenir. Cette capacité à lâcher notre fonctionnement inquiet ou avide est inégalement distribuée parmi les débutants. Chez certains, pourtant habituellement mentalement agités, l’exotisme de la tâche à réaliser permet parfois de franchir l’obstacle ; celle-ci est en effet tellement nouvelle que l’esprit s’y concentre spontanément. Mais ce n’est bien sûr pas le cas de tous.