Présence tao
Arts chinois du mouvement

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6 février 2017
Vincent Béja

Réflexions sur le TuiShou

L’esprit

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Réflexions

Pratiquer le TuiShou c’est chercher à réaliser la nature de l’esprit. Cela paraît paradoxal mais c’est ainsi.
Suivre son partenaire sans introduire de vide entre lui et nous, sans avance ni retard, c’est devenir présent et attentif, calme et constamment en mouvement. Pour réaliser cela il faut arrêter de fixer notre esprit sur une chose ou une autre. Quand nous arrêtons notre esprit sur une pensée, nous ne sommes plus attentifs à ce qui est juste là. Nous sommes devenus inattentifs. Pour suivre le partenaire et éviter d’être poussé par lui, nous devons nous arrêter de nous arrêter sur une pensée, arrêter de vouloir gagner, arrêter de vouloir ceci ou cela.
Quand nous pratiquons ainsi nous nous entraînons à oublier cette partie — l’ego — qui se prend pour le tout. Et ainsi nous nous installons fermement dans l’écoute de la situation toujours changeante. La pensée va et vole. Si nous la suivons nous perdons le contact avec la situation. Il ne faut pas surtout par s’y arrêter ni vouloir l’arrêter, ni même essayer de l’attraper pour la diriger.
Si votre esprit se fixe un instant sur un objet, sur une pensée, votre corps s’arrête aussi : votre mouvement perd sa vitalité, sa sensibilité. Vous n’écoutez plus. Et si votre partenaire est sensible, vous êtes poussé !
Il faut donc rendre à l’esprit sa liberté et laisser les pensées, ne pas s’en occuper. On reste ainsi simplement attentif. Ici et maintenant. De cette façon l’esprit est immobile et le corps toujours en mouvement. C’est cela le TuiShou.

L’écoute

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Ecoute du potentiel

L’écoute est essentielle. Elle consiste à être attentif à quelque chose de global qui provient des sensations, du mouvement et de l’espace en relation à nous-mêmes. L’écoute n’est pas parcellaire. Elle contient les sensations de notre corps, de son appui au sol, des points de contact avec notre partenaire. Elle contient surtout la dynamique en cours entre lui et moi. Elle dit quelque chose de son attention en rapport avec la mienne et du potentiel toujours changeant de la situation. Quand nous détectons un vide, un décalage dans cette perception globale, alors spontanément nous cherchons à le combler et c’est ainsi que se déclenche notre attaque.
Nous n’attaquons pas délibérément, sauf avec un partenaire de moindre niveau. Car si nous faisons cela, nous arrêtons notre esprit et créons une sensation de vide et un besoin de comblement pour notre partenaire. Nous avons donc créé, en fait, une occasion d’être poussé. Soit juste avant notre propre attaque, soit pendant.

Ecouter se fait par l’esprit et avec tout son corps. C’est quand l’esprit est calme que nous écoutons. Et chaque partie de notre corps participe et dit quelque chose qui vient se fondre dans la perception globale.
Les points de contact avec votre partenaire dans leur rapport avec votre axe central et avec le sien, sont les lieux par où se forme le potentiel de la situation. C’est aussi par là que votre attaque, quand elle va naître, s’exprimera. C’est pour cela que vous devez avoir un corps léger et mobile. Le potentiel se forme et se déforme en permanence. On peut en faire usage dès que vous détectez un vide ou un décalage dans le mouvement entre votre partenaire et vous.
Vous pouvez aussi essayer de créer ce décalage délibérément. Mais il faut avoir un bon niveau et ne pas se faire prendre quand votre esprit s’y arrête. C’est pour cela qu’il faut aussi savoir masquer son intention.

La souplesse

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Souplesse

Quand on dit souplesse, on parle d’abord du corps. Mais, attention, le corps n’est pas réductible à la matière. Le corps (au TuiShou) n’est pas le corps (comme objet). Grandir dans le TuiShou consiste pour l’essentiel à grandir dans la souplesse.
Quand les articulations deviennent souples, qu’elles n’ont plus à lutter contre les tensions pour être mobiles, elles fonctionnent parfaitement : elles accompagnent le mouvement, elles ouvrent de grandes possibilités d’esquive et de neutralisation. Elles apportent du confort dans le mouvement et de la sécurité dans l’échange. Devenir souple, pour une articulation, cela veut dire qu’il n’y a plus d’entrave et que l’appréhension de se trouver bloqué disparaît. C’est un souci de moins et un plaisir en plus dans la rencontre.
Mais la souplesse ne concerne pas que les articulations. Elle concerne aussi les muscles et les tendons, le ventre, la respiration. Le TuiShou nous apprend à détendre toutes les zones par lesquelles nous pouvons être poussés. Si je suis poussé à l’épaule, celle-ci cède, s’ouvre, se déplace ou s’allonge. Rien ne résiste, les tissus sont élastiques et ils s’étirent spontanément sous la pression ; cela devient un massage et plus une agression. Voilà ce que nous devons faire de tout notre corps : sourire au lieu de grimacer. Et être comme des chats.

La souplesse au TuiShou, ce n’est ni la mollesse, ni la fermeté musculeuse du gymnaste entraîné. La vie doit circuler dans tout le corps, sans effort. La peau doit être souple, les muscles doivent être souples, le geste doit être souple, la pensée doit être souple. Ici souple c’est le contraire de dur, de rigide, de fixe. Ce n’est pas « enclore », ce n’est pas « protéger ». C’est la possibilité d’ouvrir, de trouver un passage inattendu dans une opération d’esquive ou de contre-attaque. S’il n’y a pas de souplesse c’est qu’il y a de la limitation, de la protection, du prévisible et vous êtes vulnérables.

Si votre chair est souple, elle ne refuse pas le contact, elle ne rejette pas le partenaire. Elle l’accompagne, s’imprime de son mouvement, l’absorbe et le fait sien et puis le détourne et l’emmène à son tour. Quand les deux mains du partenaire sont sur vous, si vous êtes plus sensible que lui, il est à votre merci. Si vous suivez le mouvement, il croit vous saisir mais déjà il est pris.