Présence tao
Arts chinois du mouvement - Une voie taoïste

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27 septembre 2020
Vincent Béja

Un regard lumineux

C’était il y a trois jours. J’étais arrivé à Paris depuis peu et ce matin là j’avais travaillé toute la matinée jusqu’à 14h puis déjeuné avec un collègue. Avant ma supervision par Zoom vers 18h, j’avais un peu de temps. Je décidai de m’arrêter avant de rentrer et de m’entraîner au parc des Buttes Chaumont, à deux pas de mon logement.
Le temps était propice, l’espace dédié aux arts du mouvement, bien que ridiculement petit à l’aune de l’espace total du parc, était presque libre. Je me suis lancé dans mes exercices, tranquillement.
Après une petite heure de ces différentes pratiques au cours desquelles j’explore certaines sensations liées à la manière d’exécuter les mouvements, il était temps de passer à la pratique de la forme.

Je me sens actuellement dans un espace un peu particulier, sorti d’une façon ancienne de pratiquer mais pas encore entré dans une autre. Je perçois bien les différentes pistes de travail, corporelles, sensorielles et mentales dans lesquelles j’avance doucement. Mais rien ne me semble véritablement acquis de mes explorations et découvertes antérieures...
A un moment du déroulé de la forme, j’ai pris conscience de la présence d’une observatrice extérieure. Regard rapide. Sourire. Et je reprends, concentré. Arrivé au bout, je ferme. Et toujours ce regard.
Le soleil était là, réchauffant l’atmosphère un peu fraîche qu’avait apportée la pluie du matin. Sac à dos, pantalon, accoudée à la balustrade de métal, une dame âgée me regardait. Le visage était souriant, lumineux.

Attiré par un accueil perceptible, lentement je me suis avancé. Je l’ai saluée. Nous avons échangé quelques mots. C’était une ancienne adepte de QiGong et de TaiJiQuan. La perte d’énergie que l’âge lui avait imposée la laissait ainsi sans pouvoir pratiquer. Mais, me dit-elle, elle se nourrissait de contempler les autres. Cela la remplissait de bien être, la douceur des mouvements, leur lenteur, leur légèreté trouvaient en elle un écho qui la faisait sourire.

J’ai entrepris de recommencer la forme avec son regard bleu et ce sourire qui flottait entre nous. A nouveau concentré. Un moment plus tard, elle avait disparu. Observatrice discrète, se nourrissant sans déranger... Recueillant ainsi, sans rien m’enlever, un peu du bonheur et du bien être de pratiquer.

Merci madame ! Plaisir partagé !

Vincent Béja