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8 février 2021
Vincent Béja

SONG - ouvrir le coeur, la pensée, les articulations

Nettoyer l’esprit pour progresser

Aujourd’hui , lisant dans le train le dernier numéro (4) de TAICHICHUAN, je suis tombé sur un article tiré du livre de Zhang ShaoTang, maître de l’école Li.
Cet article parle du fondement d’une bonne pratique du TaiJiQuan. Il parle de ce qui est, pour moi, l’essentiel : du vide. Non pas du RIEN mais du VIDE.

Mais avant d’aller plus loin il m’est très important de rectifier une omission inacceptable. Cet article est présenté comme la traduction du chinois par le Dr Jian LiuJun. C’est faux ! Ni le livre ni l’article n’ont été traduits par le Dr Jian seul dont le français est trop approximatif. C’est un tandem qui a accompli ce travail : le Docteur Jian et mon ami Serge Mairet.
La raison de l’absence de la mention du travail de Serge ? L’esprit d’avidité du Docteur Jian. J’en suis désolé pour Serge, bien sûr, car une telle attitude démontre un manque de respect total pour sa personne, ses efforts et ses talents. J’en suis désolé aussi pour LiuJun dont la mentalité de boutiquier entrave inévitablement, malgré tout son savoir-faire technique, sa progression sur la Voie.

Pourquoi tenais-je à vous parler du VIDE ? D’ailleurs cet article n’utilise guère ce mot. Personnellement je crois qu’il est pourtant éclairant. Parce que cet article parle de « relâcher et ouvrir le cœur et la pensée ».
Comment peut-on croire en effet que nous allons trouver la souplesse et l’ouverture articulaire, cette dilatation douce des tissus qui caractérise la notion chinoise de SONG et qui est si nécessaire pour tout le travail de coller, absorber, neutraliser — simplement par l’entraînement physique et la volonté ?
Est-ce que SONG serait une caractéristique indépendante des émotions et des pensées qui s’agitent dans notre esprit ?
Peut-on croire que — pour réaliser nos mouvements dans la forme ou le TuiShou — les muscles et les articulations auraient une vie propre et pourraient se débrouiller seuls, indépendamment du système nerveux central ? Ne serait-ce pas plutôt le contraire ? Un esprit « plein », tendu, rigide, qui fait des articulations verrouillées, des muscles durs ?
Réfléchissez-y !
Où se place la commande de cette merveille que nous sommes ? N’avons-nous pas affaire à un système intégré ?

Un Koan pour la pratique

Alors je nous propose ce Koan : « Que maîtrisons-nous le moins : Notre esprit ou nos épaules ? »
Il vaut le coup d’y réfléchir un instant.

Et puis si nous avons un peu de bon sens, il nous faudra bien convenir que nous n’entraînons pas assez notre esprit, que nous le laissons un peu trop folâtrer à sa guise, qu’il s’agite de lui même…

Donc focus sur vider l’esprit (les pensées) et vider le cœur (les émotions) !!!

Donner de l’espace, nettoyer !!!

Nous devons nous attacher à ne pas penser. En particulier dans le TuiShou. Ne pas penser, ne pas s’agiter en face de la dureté, de la lourdeur, de l’imprécision, de ces changements incessants de direction, de ce partenaire qui refuse de perdre quand pourtant il a perdu, de celui qui veut toujours gagner, de celui qui bavarde, qui se disperse, qui ne fait rien comme il faut, qui se crispe, qui explique, qui pérore…
Je ne parle de personne en particulier : à des degrés divers nous faisons tous cela !...

Abandonnez votre subjectivité

Que faut-il faire alors ?
RIEN ou plus exactement, dans le TuiShou : ECOUTER et SUIVRE.
Comme nous le répète Mr SU, abandonnez votre subjectivité, votre regard méfiant ou inquiet sur autrui, votre désir de vous défendre ou de vous affirmer. abandonnez toute intention explicitée en vous. Sitôt explicitée (c’est à dire dès qu’elle est suffisamment nette pour que vous soyez éventuellement en mesure de la formuler) elle est déjà perceptible au dehors...
Parce que vous êtes une unité : penser est une activité qui — en permanence et souvent à notre insu — mobilise le corps !

Il ne s’agit pas de tout lâcher et que le vide soit alors du néant. Non ! Nous sommes toujours là, avec CE partenaire-là, dans CET échange-là. Nous devons être là, simplement. Nulle part ailleurs et surtout pas dans notre propre espace mental.
Nous devons, de façon plus essentielle que la technique, apprendre à être entièrement là ! Donc à être vide d’attente, de crainte, d’espoir. Simplement juste là !
Car c’est de ce vide de subjectivité, de cette absence d’ego, que vont pouvoir jaillir spontanément les gestes efficaces.

Arrêtez de vous focaliser sur la technique. Vous ne progressez presque plus ! Revenez au fondement de la pratique.
Dans la forme, laissez descendre le poids des bras dans les coudes, le poids de la poitrine dans le ventre, le poids du corps dans les pieds. C’est quand vos coudes sont lourds que vos mains sont légères ! Lâchez votre « vouloir réussir » ! Concentrer-vous sur peu de choses : « relâcher et ouvrir le cœur et la pensée », « lâcher toute espèce d’attente », « vider », « laisser descendre le poids ». C’est une seule et même chose.
Et pour pouvoir « faire » tout ça, RALENTISSEZ !!!

Petit à petit SONG s’installe. Et le geste devient pus léger, la pratique plus facile.

Voilà ! J’ai dit.
Je vous embrasse et vous dit à très vite pour pratiquer ensemble !