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28 novembre 2015
Vincent Béja

Voyage à Shanghaï

Une journée à Shanghaï : le 28 Novembre 2015...

Les dix premiers jours de ma présence ici étaient chauds et relativement pluvieux. Puis du froid est arrivé. Aujourd’hui le temps est plus clément et tout le monde est de sortie cet après midi...
Je suis là pour faire une retraite d’une vingtaine de jours et avancer dans ma pratique du TaiJiQuan et en particulier du TuiShou avec monsieur SU. Depuis longtemps maintenant je viens régulièrement.

Mr SU et Vincent - TuiShou - Décembre 2015

Comme tous les jours de mon séjour je me suis rendu chez Paul pour travailler une paire d’heures avec Mr SU. Cette fois-ci était différente : nous avions rendez-vous inhabituellement tôt. A 9h30 au lieu de l’après midi.
Je suis venu en bus depuis mon domicile, la circulation n’était pas trop dense. En vingt minutes j’étais arrivé. Le soleil donnait déjà sur la rue, le weekend aidant il y avait un petit goût de fête dans l’air.
Comme à chaque fois (mais ce jour-ci je dirais que c’était pire encore) Mr SU, à n’importe quel propos (un exercice, une erreur, un essai), se lance avec Paul dans une explication et enchaîne sur des anecdotes ou des généralités dont je ne peux rien comprendre. Nous passons du coup le plus clair de notre temps de ces deux heures dans le monde du langage. Pour moi qui ne parle pas chinois ce sont de longs moments pour méditer, laisser résonner les informations que j’ai pu recueillir sur la pratique, me mettre en confort corporel et respiratoire. Mes tentatives pour les interrompre et demander ce qui s’échange sont assez souvent vaines ou alors ce que Paul m’en traduit n’est que de peu d’intérêt. Paul aussi est encombré de ces digressions mais le respect du Maître s’impose à nous.

Salon de Paul à Shanghaï - Lieu de la pratique...

Nous avons fini à midi. Comme le samedi Anna n’a pas le temps de préparer le repas, prise qu’elle est entre deux cours, Paul et elle ont pris l’habitude d’aller au restaurant ce jour là. Du coup Mr SU et moi sommes invités.
Nous voici tous les trois devisant jusqu’au restaurant situé au huitième étage du grand Mall de ZhongShan Park où nous retrouvons Anna et sa fille Alice de 12 ans.

A la chinoise, sept à huit plats sont servis et nous venons piocher dedans pour picorer avec nos baguettes. J’aime ce rituel fluide où chacun se sert de ce qu’il veut ou bien sert son voisin.
Mais l’environnement est lui aussi à la chinoise...Il faut imaginer que tout cela se passe dans un brouhaha épouvantable où les voix en provenance des tables voisines n’arrivent pas à couvrir la musique d’ambiance du Mall additionnée du bruissement de la foule dans le grand hall où les badauds vont et viennent dans un fouillis d’ecalators et où les uns et les autres s’interpellent avec cette force de frappe sonore de la langue chinoise qui étonne toujours le français que je suis.

Mr SU au restaurant - Shanghaï - Novembre 2015
Paul au restaurant - Shanghaï - Novembre 2015

Et puis, une fois le repas fini, sans plus de fioritures nous redescendons. Et là, pfuit ! Nous nous séparons sans autre forme de procès... Mr SU plonge au milieu des voitures d’où, impassible il fend leur flot et interpelle les taxis. A Shanghaï les taxis sont légions. Ce sont tous des Passat Wolkswagen. Et c’est un moyen de transport très utilisé. Il faut dire que, même si les transports en commun sont maintenant bien fournis, Shanghaï est tellement immense qu’il est rare que l’on trouve un chemin direct pour aller à destination. Aujourd’hui l’intérêt du taxi diminue à proportion du nombre de véhicules en circulation. Les grosses berlines allemandes, japonaises, coréennes, américaines et maintenant chinoises se pressent en foule sur les larges voies rapides des trois rocades concentriques et des radiales qui quadrillent la ville. Aux heures de pointe c’est maintenant un cauchemar.
Paul rentre chez lui. Je décide d’aller au parc dont l’entrée se trouve à quelques centaines de mètres du Mall.
La foule était au Mall ; la voici au parc. Elle est ici particulièrement bon enfant, paisible, légère, rieuse, en promenade, en sortie. Il y en a pour tout le monde. Dans les coins certains trouvent un peu de calme pour faire un exercice ; ailleurs on trouve des groupes qui gymnastiquent en musique. A l’entrée du parc il y avait un attroupement où les danses de salon se donnaient, à la chinoise.

Danses de salon, ZhongShan Park - Novembre 2015

Malgré les travaux monstrueux qui occupent une bonne part de l’espace central du parc et de sa grande prairie actuellement interdite par une palissade, la foule s’écoule tout autour et investit tous les recoins. Les uns, généralement des hommes, jouent au dame très sérieusement y compris pour de l’argent, les autres chantent ou jouent de la musique, d’autres encore s’assoient et se détendent. Il n’y a pas de vent c’est pourquoi aucun cerf-volant ne hante le ciel. A ma connaissance une telle absence est rare.

ZhongShan Park - Novembre 2015

Beaucoup d’enfants ont toutefois des oiseaux en papier, tous bleus, dont un mécanisme remonté par un élastique, permet de faire battre les ailes. Le vol de l’engin est alors étonnant et gracieux. En sortant du parc j’ai voulu en acheter mais n’ai pas trouvé les vendeurs...
De mon côté je vais régulièrement à la roseraie dont les massifs sont délimités par des haies de buis assez basses et les allées pavées. Je pose mes affaires sur les buis car le sol est humide et m’installe dans une allée pour faire ma pratique. Il est important que j’arrive à remettre dans l’exercice solo ce que j’ai gagné dans ma pratique à deux avec Mr SU. Ce n’est pas une mince affaire cependant. Mais la route est ainsi ouverte à l’infini...

Musiciens à ZhongShan Park - Novembre 2015

Je me coule dans cette ambiance paisible, m’harmonise au rythme de ces gens. Il y a dix jours je me sentais différent, regardé. Maintenant je vois dans cette foule toutes les individualités, j’y suis à l’aise et on ne me regarde que très rarement comme un étranger. Si nous nous arrêtons, curieux, sur un même attroupement nous pouvons échanger des sourires. Si nous nous croisons dans notre déambulation nous échangeons de banaux échanges de regard. Nous faisons partie d’une même foule. Celle du samedi après midi. Des vieux couples qui marchent côte à côte, des anciens qui se chauffent au soleil, les yeux fermés, des enfants qui jouent, turbulents ou timides, des jeunes qui se cherchent un avenir, des amoureux qui s’embrassent...

Joueurs de dames à ZhongShan Park - Novembre 2015

Chacun peut bouger, s’exercer comme il veut. Certains marchent à reculons selon un circuit précis, d’autres se dandinent, balancent les bras. Du QiGong spontané, naturel. Et puis parfois ça rote, ça pète, comme ça vient. Pas de censure, pas de critique. Il y en a bien assez par ailleurs. Si je fais du TaiJi, on me regarde un peu mais comme un élément du paysage pas comme une curiosité.
Au sein de la foule chinoise je trouve une liberté qui m’enchante.

D’inquiétants gardiens - Shanghaï novembre 2015

Et au sortir du parc je reprends contact avec les inquiétantes silhouettes d’immeubles qui ont bientôt vingt ans mais semblent déjà hors d’âge...